Le Blog de Zénon

Name: Zénon

Sunday, May 20, 2007

The Speed of Dark, by Elizabeth Moon

Un roman qui a pour héros un autiste de haut niveau. Il travaille pour une multinationale au sein d'une équipe d'autres autistes matheux dans la conception de nouveaux algorithmes et la recherche de 'patterns' dans des données expérimentales médicales et pharmaceutiques. Ce département tente de développer de nouveaux algorithmes sous une nouvelle approche, du fait de la structure neurologique particulière des autistes-matheux, de leurs aptitudes et de leurs handicaps propres.

Ce roman donne une vision décapante du monde de l'entreprise vue par les yeux d'un autiste, qui donc, a tendance à dépasser les faux-semblants, et à échapper au folklore de l'entreprise et à tout le cinéma qu'on fait autour, (ainsi qu'à la plus grande partie du contexte social là ou ailleurs) pour voir les faits de la manière la plus factuelle qui soit, c'est à dire entre autres choses l'affligeante réalité de l'entreprise telle qu'elle est, et qui voit bien les "leaders naturels" autoproclamés de l'entreprise pour les trous-du-cul qu'ils sont.

Le pitch du roman, est le suivant: il arrive un traitement (nanotech / rétrovirus + traitements médicamenteux) qui pourrait transformer des autistes adultes en "normaux", et l'entreprise exerce de fortes pressions pour qu'ils suivent ce traitement, pour des raisons visiblement pas très claires (raisons d'images ? mise au point de leur traitement expérimental ? En tous cas ça n'est pas très clair... Et la suite de l'intrigue montrera que la motivation est peut être même encore plus trouble qu'elle n'en a l'air).

Le problème, du point du vue du héros, c'est qu'être autiste ça n'est pas seulement un handicap, c'est sa personnalité, c'est (entre autres) sa structure neurologique particulière qui fait qu'il aime ce qu'il aime et qu'il pense ce qu'il pense, et c'est même à cause de (ou grâce à) son syndrôme qu'il est très performant dans le travail qui est le sien et qu'il aime faire. Alors, doit-il s'intégrer à tout prix dans une société "normale" en tant que sujet "normal" ? Faut il sortir de sa place à part pour être accepté comme pair par des gens et accomplir les mêmes gestes apparemment absurdes et autres rituels inutiles que ses amis normaux? Le prix pourrait en être sa personnalité, son amour pour la musique de Bach et de Schubert (ou en tous cas une transformation de la perception de la musique qu'il aime tant), et plus généralement un changement de perception de toutes les choses qu'il aime faire et des raisons pour lesquelles il aime les faire...

L'écriture d'Elizabeth Moon est agréable et facile à lire, le héros est méthodique, lent, logique, un peu obsessionnel, il avance doucement mais constamment. Les persos centraux sont très bien vu. L'auteuse est très bien renseignée sur les "high functionning autistic disorders" et les "autistes de haut niveau" (i.e. avec le langage), elle décrit très bien les difficultés sur certaines choses de la vie quotidienne, les choses qu'il déteste et pourquoi, ou ce qui l'ennerve et pourquoi, les routines et rituels qu'il entreprend et quel est leur rôle, ou ce qu'il remarque en priorité et qui le fascine et comment et pourquoi il peut s'y absorber pendant des heures. Bref, l'auteuse est très bien renseignée, (malgré une paire de "glitches" où elle ne repecte pas les règles de ce qu'elle a elle même décrit par ailleurs, ce qui a du échapper aux relecteurs probablement pas assez focalisé sur l'autisme, et qui me font penser que l'auteuse ne doit pas être elle même autiste).

L'histoire est très bien vue et très agréablement écrite, présentée sous un point de vue original. Elle fait bien sentir le filtre de perception différent qui s'intercale entre la réalité et le héros: là où notre attention serait attirée en priorité sur des visages humains ou des voix humaines ; le filtre de perception du héros traitera en priorité les couleurs, les nombres, les répétitions, les motifs, et les détails. L'attention du personnage principal et ses intérêts sont atypique. C'est souvent un motif de la moquette ou un alignement formé par tels ou tels objets qui sera remarqués en premier par les persos principaux alors que la voix humaine est percue comme un simple bruit parmi d'autre sauf si il se concentrent dessus et essaient de décoder les mots, et les visages humains ne sont que des formes parmi d'autres pas très faciles à reconnaitre, et surtout pas de loin... Elizabeth Moon reproduit presque la réussite de Mark Haddon dans "the curious incident of the dog in the night time" en faisant d'un personnage central autiste une personne crédible et étoffée. (Le roman de Mark Haddon n'est pas de la SF, c'est juste un adolescent Asperger qui découvre des secrets familiaux). Son monde est un futur proche pas très différent du notre mais avec des idées assez bien vues sur le futur de la médecine, de la justice, de la nanotech et de pas mal d'autres sujets perçus à travers la vie quotidienne.

C'est un roman sympathique et bien monté, pas mal centré sur l'autisme, mais que je conseille à tous les amateurs de SF, sur la problématique de que c'est que d'être soi même. Est-ce que la technologie qui permettrait de pallier à ses problèmes et de compenser ses faiblesses ne ferait pas de nous quelqu'un d'autre ? et autres questions du même ordre (ça me rappelle par certains côtés des romans de Greg Egan comme Diaspora ou Permutation City, dans lesquels les persos peuvent reprogrammer leur propre esprit puisqu'ils sont de simples modèles neuronaux (+modèles corporels) "uploadés" dans du hardware, et qu'ils vivent dans un monde virtuel, et où les questions d'indentité, de volonté, d'ego et de changement prennent de nouvelles dimension).

La fin du roman n'est pas aussi intense que ce que je l'avais espéré: un retournement peu attendu et peu expliqué (voire peu crédible) suivi d'une fin ... un peu courte. Mais bon, je suppose qu'elle avait déjà dit tout ce qu'elle avait à dire. Et j'ai passé un bon moment avant cette fin...

Saturday, August 26, 2006

AFRIQUE, QUEL EST TON SECRET ? Par Claudine AMBADIANG

Afrique, quel est ton secret ? par Claudine AMBADIANG

Oh! Africa,

Oh! Africa,

Quel est ton secret?


Du haut des collines, je te pose la question.

L’Afrique des noirs, l’Afrique des débaptisés,

De quelle femme es tu née?

De quelle couleur était ton père?

De quelle couleur était ta mère?

Comment se fait-il qu’au Maghreb tes enfants soient pâles?

Comment se fait-il qu’en Égypte tes enfants soient aussi pâles?

Pourquoi ceux d’Afrique du sud sont blancs noirs et ceux du Zimbabwe noirs?

Oh Africa, dis-moi ton secret.


Ton père était-il un ancêtre de la guerre?

Ta mère était-elle un ancêtre de la faim?

Pourquoi en temps réel tout ce qui est lugubre est de toi?

Oh! Afrique dis-moi ton secret.


Quand on parle de famine, on se réfère à toi,

Quand on parle de Sida, on se réfère à toi,

Quand on parle de guerre, on se réfère à toi,

Quand on parle de mauvaise science, on se réfère à toi,

Qu’as-tu Afrique de si mystérieux pour générer tant de légèreté?

Tant de mépris? Si peu de considération?

Oh, Afrique dis-moi ton secret.


Et pourtant de toi l’Europe s’est construite,

De toi l’Amérique s’est bâtie

Oh!Afrique, continent de ma mère et de mon père, donne-moi ton secret.


Tes fils sont énigmes, toi sous-développée,

Comment puis-je le comprendre?

Oh! Afrique, belle Afrique, dis-moi ton secret.


Tu as enfanté Senghor, poète et père de la négritude,

Tu as enfanté Anan, patron des Nations unies,

Tu as enfanté Mandela, Leader de l’admiration du siècle,

Tu as enfanté Roger Milla, la fierté africaine,

Tu as donné vie à l’ancêtre de Michael, le fils de Jackson, célèbre Musicien du monde,

Tu as enfanté Zidane, le mérite de la France,

Malgré tout tu restes toujours sous-développée,

Oh, Afrique, mon Afrique, quel est ton secret?


On te donne toujours la place en dernier,

On t’écoute très peu dans les débats entre continents,

On se méfie de toi dans les ambassades,

On te disqualifie avec hargne des compétitions internationales

Oh, Afrique, quelle Afrique, quel contraste, dis-moi ton secret.


Tu m’as donné la vie,

De moi tu devrais être très honorée,

Malheureusement tu ne l’es pas.

Chaque jour, tes enfants te désavouent pour aller chercher asile dans les continents que tu as si bien contribués à bâtir,

Pourquoi te fuient-ils, toi mère de mon ancêtre Thomas le député?


Avec quelle eau dois-je te laver?

Du Congo Brazzaville à celui de Kabila Père en passant par Lomé, tu es la même. C’est dire à sous-développée.

Comment faire pour te développer, toi mon Afrique que j’aime?


Dans quelle université doit-on te former?

Dans quelle école doit-on envoyer tes petits fils?

Ô! Afrique, parle-moi de ton secret.


C’est chez toi qu’on définit la corruption,

C’est chez toi qu’on parle de Népotisme,

C’est chez toi qu’on note l’absence de démocratie,

C’est chez toi qu’on trouve les chefs d’État qui font plus de trente ans au pouvoir,

Oh! Afrique, quelle Afrique, dis-moi ton secret.

N’as-tu pas de ressources naturelles pour nourrir tes enfants?

N’as-tu pas assez d’hommes pour te développer?

Es tu devenu Israël, le pays du fils de Dieu désavoué et condamné à la guerre des cent ans?

Qu’as-tu fait au bon Dieu pour être dernier dans tous les combats?

Et pourtant tu fais bien la musique pour être intéressante,

Caïn, frère d’Abel s’est il réfugié chez toi après avoir tué son frère?

Oh! Afrique, jeune Afrique livre-moi ton secret.


Les blessures que tu as sur le visage, quel est médecin doit les panser?

Les bailleurs de fonds en échange de tes richesses mettent à ta disposition des millions pour t’aider à réduire ta pauvreté, où mets tu cet argent?

Les routes, tu n’en as pas.

Les hôpitaux, tu n’en as pas.

Qu’as-tu fait pour mériter un tel sort?

Oh! mon Afrique, qu’as-tu fait à Dieu?

La malédiction d’Adam n’a-t-elle agi que sur toi?

Oh!Afrique, quel est ton secret?


Oh!Afrique, continent oléagineux,

Continent d’Arabes,

Continent de pieds noirs,

Continent des noirs,

Dis-moi tout.


Oh! Mon Afrique,

Dis-moi ton secret et je me tairai,

Dis-moi ton secret et je comprendrai,

Dis-moi pourquoi tu es pauvre quand les autres sont riches,

Dis-moi pourquoi tu dors quand les autres sont éveillés.


Oh!Afrique,

L’Afrique des destinées troublantes,

L’Afrique de Myriam Makéba,

L’Afrique des os perdus et des guerres intarissables,

L’Afrique d’Ezaboto et de Sembene Ousmane,

Si nos ancêtres revenaient, que diraient-ils de toi?

Si Dieu recréait les continents te recréerait-il encore?

Et pourtant tu m’as enfantée et si bien façonnée,

Et pourtant je tiens de toi ce nom qui me rend célèbre.


Oh! Afrique, la sœur de l’Amérique, le contraire de l’Europe,

Pourquoi ta technologie n’est –elle pas avancée?

Pourquoi tes magiciens sont ils des charlatans?

Oh! Afrique, mon Afrique,

Ton or et ton pétrole ne suffisent ils pas pour te rendre riche?

Ton diamant, n’est il pas exploitable?

Oh, Afrique, encore une fois, dis-moi ton secret.


Dis-moi également qui t’a créée,

Est-ce le Dieu d’Amérique?

Est-ce le Dieu d’Asie?

Est-ce le Dieu d’Europe?


Ah! mon Afrique,

La belle Afrique au climat touristique,

L’Afrique aux richesses variées,

L’Afrique des contrastes et des milles détours,

Peux tu répondre à mes questions?

Combien de temps te faut-il pour te développer?

Attends-tu que je meure avant de le faire?

Attends-tu que je meure avant de le faire?

Attends-tu mon premier enfant ou ma première fille?

Oh! mon Afrique,

Las, dis-moi ton secret.

Claudine AMBADIANG

Friday, July 22, 2005

Le bizarre incident du chien pendant la nuit

Je viens de lire un très intéressant livre : "the curious case of the dog in the night time" de Mark Haddon, et c'est à la fois très passionant et d'une grande lisibilité (même en anglais).

Le héros du roman est un jeune homme de 15 ans, atteint d'une forme d'autisme de haut niveau, qui s'aventure rarement au delà du bout de sa rue, et qui, un soir, trouve le chien de sa voisine mort dans le jardin de sa voisine et décide d'enquêter pour savoir qui l'a tué.

Pour préciser le terme "autiste" que j'ai employé ci-dessus, le héros est atteint du syndrome d'Asperger, dans lequel le sujet est incapable de déceler les expressions faciales ni les signes d'émotion chez les autres, il n'a aucun moyen de détecter l'état d'esprit de ses semblables, et n'a qu'une très vague modélisation de l'humeur des gens qui l'entourent. Il ne comprend pas le second degré, ni la métaphore, ni la plaisanterie. Il a par contre de grandes aptitudes au raisonnement déductif et de grandes prédispositions aux mathématiques. Il aime que tout soit bien rangé : soit il y a une solution logique et univoque et il fait tout pour la comprendre, soit il crée des règles arbitraires et bien fixées qu'il applique ensuite à la lettre pour éviter de laisser une quelconque place à l'incertitude (exemple: il a décidé un beau jour que 3 voitures rouges d'affilée voulaient dire que c'est un grand jour, et dans un "grand jour" il se comporte d'une certaine manière ; par contre, deux voitures jaunes qui se suivent, et c'est un mauvais jour, où il applique d'autres règles).

C'est un livre à la fois drôle et triste, vu intégralement du point de vue du jeune autiste, qui est loin d'être bête et qui a une vision originale sur ses semblables et sur les us et coûtumes de notre société. Son point de vue "extérieur et objectif" sur nos comportements quotidiens et nos conventions non-exprimées est extrêmement intérressant.

Dans ce livre, le héros ne fait pas grand chose d'autre que d'interroger quelques voisins, de faire un travail de détective minutieux qui lui ramène quelques vérités cachées sur sa propre famille et sur des choses qui se sont passées dans son quartier, et finalement, de faire tout seul un voyage de quelques centaines de kilomètres, mais je peux vous assurer que c'est une grande aventure, dans son cas. Tout, ici, est une question de point de vue...

On pourrait presque faire un parallèle avec, par exemple, "en terre étrangère" de Heinlein (en plus limpide et construit au niveau de la mentalité de "l'étranger" qui nous regarde, et sans le mic-mac religieux de la fin du roman de Heinlein).

Ca m'a donné envie d'en savoir plus. Du coup, j'ai trouvé sur le Net un livre écrit par un Asperger à l'usage des autres Asperger (http://www.asperger-marriage.info/survguide/introduction.html), qui explique sous forme de règles clairement énoncées les fameuses règles sociales que tout le monde connait et applique d'instinct sauf bien sur les Asperger. Ces derniers sont souvent capables d'appliquer des règles formelles aussi complexes et arbitraires qu'ils le veulent, mais ils ne connaissent pas les règles sociales de base qui paraissent si évidentes à tous les autres, et ils n'ont aucune idée de savoir si vous leur faites un grand sourire amical, ou si vous êtes en colère après eux, sauf par un effort conscient d'analyse du visage et de l'attitude de leur intelocuteur en référence à des règles volontairement apprises.

Bref, le miroir qu'ils tendent à notre société, et aux groupes d'êtres humains me semble extrêmement intérressant. Et la compilation des règles sociales en question me parait avoir un intérêt qui va bien au delà du lectorat visé...

Zénon

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Le bizarre incident du chien pendant la nuit







The Curious Incident of the Dog in the Night-Time




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Wednesday, June 15, 2005

L'apprenti Assassin, de Robin Hobb

Je me lance finalement dans la première série de fantasy écrite par Robin Hobb, celle qui l'a rendue célèbre: la série de l'Assassin.

J'avais déjà lu et apprécié sa série maritime sur les Vivenefs, qui se passe dans le même monde, mais dans des contrées lointaines, avec une ambiance plus "pirates des caraïbes", avec des colons, des esclaves, des galions marchands et des aventures en mer.

Dans l'Apprenti Assassin, nous sommes dans la capitale du Royaume principal, au centre de cet empire très médiéval et légèrement fantastique.

Le héros, que l'on nomme indifféremment "Petit", "Fitz" ou "Sans nom", ou encore "Le Nouveau" est un batard de Prince (NB: Fitz en argot anglais veut justement dire "batard de prince"). Il arrive brutalement dans la capitale, lorsque ses parents pauvres, ne pouvant plus le nourrir, l'abandonnent à la famille de son père, au chateau. Devant les complications politiques de son apparition, et afin (probablement) de lui sauver la vie, son père s'écarte de la ligne de succession et s'exile.

Fitz n'est qu'un enfant mais le Roi voit en lui un joker très utile, qui appartient à la famille royale sans en faire vraiment partie, et il entreprend de gagner sa loyauté et de lui faire donner une vraie éducation, avec plein d'arrières-pensées et de projets le concernant.

L'enfant a quelques dons naturels de "shaman" ou d'empathe, notamment avec les animaux, mais il cache ce pouvoir naturel (le "Vif"), car ce pouvoir est très mal vu dans cette société qui lui préfère "L'Art", une forme de magie plus travaillée, fondée sur le charisme du sorcier, et qui est réservé à la Noblesse (alors que le "Vif" fait plus paysan).

Le récit est bien mené et facile à lire. C'est un récit d'initiation et d'apprentissage, bien décrit et très prenant. Fitz s'affronte à des problèmes personnels et politiques de plus en plus grands au fur et à mesure qu'il devient plus compétent.

La fin est un peu rapide elle prend un tour épique où tout se résout en une grande conflagration. C'est un beau final, mais un peu extrême, et du coup un peu rapide à mon goût.

En tous cas, c'est un très bon début pour cette célèbre série de Fantasy, et ça me donne vraiment envie de lire la suite et de voir ce que devient le petit Fitz maintenant qu'il est devenu un assassin compétent et qu'il trempe jusqu'au cou dans des intrigues politiques tant au niveau personnel qu'au niveau de son parrain le Roi.

Je conseille cette lecture pour les amateurs de fantasy.

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L'Apprenti Assassin, de Robin Hobb


Kwaidan (Histoire et Etudes des choses étranges), de Lafcadio Hearn

Ce livre court est une compilation de contes japonais, de phénomènes étranges, surnaturels, ou fantastiques, et de légendes locales de divers endroits du Japon. Ce livre rappelle souvent les contes Chinois, ceux de Pou Song Ling, notamment.Ce sont des petits textes brefs, pas toujours aboutis, mais parfois époustouflants, qui font le tour des thèmes fantastiques extrêmes-orientaux : fantômes, kamis, renardes, et autres personnages surnaturels.

L'auteur est un anthologiste anglais du 19ème siècle, qui a vécu la fin de sa vie au Japon et qui est aussi un personnage étonnant. D'origine Gréco-anglaise, il partit vivre aux Etats-Unis comme journaliste, où il perdit son poste pour avoir épousé une métisse. De là, il partit enseigner la littérature anglaise au Japon, prit la nationalité Japonaise, et passa la fin de sa vie à compiler les contes, les légendes et les coutumes japonaises.

Quoiqu'il en soit, ce petit recueil est d'une grande facilité de lecture, et je le recommande chaudement à tous ceux qui sont intéressés par l'Extrême-Orient, et plus encore à ceux qui se sont intéressés aux contes chinois comme ceux de Pou Song Ling et Ling Mong T'chou, car Hearn est leur pendant Japonais.

Remarque : Il ne faut pas confondre Lafcadio Hearn avec Lian Hearn, une écrivaine australienne parlant du Japon (cf Le Clan des Otori, tome 1, tome 2, et tome 3, de Lian Hearn). Par contre, il faut savoir que Lian Hearn a pris son pseudonyme en hommage à Lafcadio...

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Thursday, June 02, 2005

The Wee Free Men de Terry Prattchett

(ce qui pourrait être traduit par "le Petit Peuple libre"),

C'est le deuxième romans pour adolescents de Terry Prattchett, après "L'étonnant maurice et ses rongeurs savants" ("The amazing Maurice and his educated rodents"), mais ça n'est pas la suite du précédent. Par contre, le 3ème roman de cette veine : A Hat Full of Sky, sera bien la suite de celui ci (The Wee Free Men).

Ce roman est aussi plaisant à lire que "The Amazing Maurice...", mais fonctionne avec d'autres personnages.

L'héroïne, Tiffany Aching, est une jeune fille, bergère et descendante d'une longue famille de bergers, dans un pays imaginaire qui ressemble beaucoup aux prairies à mouton des plaines crayeuses du sud de l'Angleterre. Elle se trouve être la sorcière en charge de sa région, autrement dit, elle est la gardienne de sa région contre les invasions surnaturelles. Sa défunte Grand-Mère devait également avoir des tas de talents assez spéciaux, comme on le découvrira dans le cours du roman. Mais comme Tiffany n'a pas suivi d'enseignement de la magie, elle ne connait pas de sorts.

C'est bourré d'humour, de remarques intelligentes, c'est écrit de manière très fluide, c'est très agréable à lire. Pour ceux qui pratiquent l'anglais, je le conseille en VO : ça se lit probablement presque aussi vite qu'en français tant c'est rythmé et bien écrit.

C'est un roman plein de sensibilité avec des personnages attachants et plein de petites remarques intelligentes sur un peu tous les sujets et dans la plupart des dialogues. C'est un roman pour jeunes dans le sens où il est simple et direct, mais il n'est jamais bébête ni moralisateur. Bref, tout le monde devrait prendre plaisir à le lire, surtout les amateurs de fantaisie et de littérature d'imagination...

Attention, la suite de cette chronique contient un peu de spoilers, puisque je vous résume le sujet du roman (quoique à mon avis, ça ne va pas vous gacher le plaisir de la lecture, ce qui serait très dommage).

Notre jeune sorci²ere trouvera sa plus grande aide chez le petit peuple local, des petits pictes ("pictsies") bagarreurs, teigneux, querelleurs, de mauvaise foi, qui foncent tête baissée, plutôt frustres et rustres, brutaux, et qui adorent par dessus tout le combat et boire de l'alcool à l'excès, sachant que l'ivresse accentue leurs traits de caractères les plus déplaisants (bref, ce sont de grandes nuisances malgré leurs petite taille). Ils ne parlent que pour jurer et crier, n'ont peur de rien, et foncent toujours tête baissée. Ils respectent Tiffany parce que c'est elle la sorcière du coin, et qu'ils ont bien besoin de quelqu'un de réfléchi qui les oriente...

Mais au moins, pour le petit peuple du coin, ça ne fait pas de différence que Tiffany ne pratique pas la magie : elle est la sorcière et ils la respectent en tant que telle. Elle a pourtant deux talents précieux : la Première Vue (qui lui permet de voir ce qu'elle a réellement sous les yeux alors que la plupart des gens ne voient que ce qu'ils s'attendent à trouver) et la Seconde Pensée (qui lui permet de réfléchir en même temps qu'elle agit).

Pour paraphraser un épisode du roman : la plupart du temps, il suffirait d'une moitié de cerveau pour réfléchir convenablement et pour comprendre ce qui se passe, mais c'est parfois si dur de trouver la moitié d'un cerveau quand on en a besoin. Bref, c'est elle le cerveau de cette aventure.

Elle va vivre des aventures épiques qui l'amèront au coeur du Pays des fées, au coeur du territoire de l'Hiver, où, armée seulement d'une vieille poelle à frire en fer froid, elle aura à affronter la Reine des Elfes pour récupérer son petit frère que la Reine a enlevé. Elle va affronter des rêves et des illusions à la pelle, et va tout solutionner avec son bon sens (elle n'a pas le choix, elle n'a pas de sorts), avec l'aide du petit peuple

Bref, Tiffany va affronter toutes les horreurs du pays des fées et la Reine des fées elle même, armée seulement de sa perspicacité, de son solide bon sens, et, accessoirement de sa poelle à frire en fer froid (on sait que le fer froid nuit aux fées, mais là, quand même, comme arme, c'est un peu léger)...

Comme vous vous en doutez Tiffany va gagner réussir ses premiers effets magiques à la fin, et gagner ses galons de sorcière, de manière plutôt originale et sympathique. Tout laisse à penser qu'elle aura des sorts et qu'elle fera de la magie dans les prochains tomes de cette sympathique histoire...

Le prochain roman est 'dejà sorti et s'appelle "A Hat full of Sky" (Un chapeau plein de ciel). Et je l'attends déjà avec impatience.

Bref, si vous ne l'avez pas encore lu, je vous le conseille, et je vous parlerai bientôt de sa suite...

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The Wee Free Men


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Thursday, May 19, 2005

Le Clan des Otori, tome 2, les Neiges de l'Exil

Le tome 2 est la digne suite du tome 1. L'histoire s'accélère, tant au niveau des intrigues politiques que des scènes d'action. L'histoire se développe en une grande fresque et prend un tour véritablement épique. La quête des deux héros change d'échelle et laisse présager une fin à plus épique encore, en dépit des menaces toujours plus lourdes qui pèsent sur leurs têtes.

L'héroïne du roman, Kaede, prend une grande importance dans ce deuxième tome, notamment au niveau politique puisqu'elle est l'héritière de deux clans. Elle hérite d'un domaine en ruine et d'un domaine qui lui est contesté, elle n'a ni richesses ni troupes, mais heureusement pour elle, elle a son intelligence et sa détermination. Elle n'est plus sous la tutelle d'aucun des seigneurs qui lui empoisonnaient la vie dans le tome 1 et peut ainsi donner toute sa dimension.

Le côté féministe de l'héroïne est assez peu crédible dans un contexte qui ressemble au Japon du 17ème siècle. De la même façon, le côté égalitariste du héros, Takeo, est assez anachronique aussi. Ca ne cadre pas vraiment avec la société. Heureusement, l'auteur ne s'appesantit pas trop là dessus, et les actions de Kaede, comme les actions de Takeo sont, elles, bien crédibles.

Quoiqu'il en soit, l'histoire prend son envol dans ce tome 2, et tout se met en place pour une grande conflagration, et le retour à une guerre généralisée entre tous les clans. Le roman se termine en même temps que l'hiver, la saison des alliances et de la politique. On devine déjà l'arrivée du printemps, la saison des batailles. Et on sent bien que "ça va chauffer" dans le tome 3.

Malheureusement, le tome 3 n'est pas encore sorti en poche (Mais que font les éditions Folio depuis un an ?). Qu'à cela ne tienne, je vais le commander en grand format...

Trouver ce livre sur Amazon : Le Clan des Otori, tome 2, Les Neiges de l'Exil



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Wednesday, May 11, 2005

Le clan des Otori, tome 1, le Silence du Rossignol, Editions Folio

C'est le premier tome d'une trilogie, placé dans un contexte de fantasy japonaise proche, par exemple, du Rokugan de Legend of the Five Rings. Il s'agit d'un bon roman d'aventures, qui raconte le destin d'un jeune homme un peu étrange qui jouera un grand rôle dans les évènements à grande échelle qui vont se produire au cours de cette trilogie. Le héros a un lourd poids qui pèse sur ses jeunes épaules : rescapé de justesse du massacre d'une communauté religieuse très minoritaire dans l'île, il est l'héritier d'une obscure famille d'assassins, et se trouve sauvé et adopté par le seigneur légitime (mais spolié du pouvoir) d'un clan en grande difficulté politique. On peut supposer que ce seigneur ait des plans pour utiliser les talents de son jeune protégé dans l'affrontement généralisé entre clans qui se prépare...

Par contre, il faut que j'attire l'attention sur une malhonnêteté éditoriale manifeste et parfaitement condamnable de l'édition Folio : contrairement à ce que dit le 4ème de couverture de cette édition, le roman ne se déroule pas du tout dans le Japon du 14ème siècle, mais dans un monde de fantasy (assez peu magique) qui s'inspire du Japon. Ensuite, ça ne ressemble pas du tout au 14ème siècle au Japon, mais beaucoup plus aux débuts de l'ère Tokugawa, c'est à dire au Japon du début du 17ème siècle, l'ère des Samouraïs, l'époque de la guerre civile suivie de la "Paix du Shogun".

(Et d'ailleurs, dans la guerre des clans, l'auteur mentionne le rôle fondateur de la bataille de Yashigaera, qui ressemble énormément à la bataille de Sekigahara qui a vu la victoire de Tokugawa Ieiasu dans la guerre des clans qui faisait rage à ce moment, là, avec des détails dans le roman qui rappellent nettement la bataille historique. Bref, CQFD, c'est une versions transposée des débuts de l'ère Tokugawa...)

Bref, quoique le contexte soit de la fantasy, le roman est bourré d'informations sur la civilisation, la culture et la société Japonaise de l'ère Tokugawa.

Nous avons là une grande aventure sur fond de guerre des clans qui démarre, un livre sympathique avec des personnages centraux attachants et bien développés. Il y a une petite dose de fantastique qui reste discrète et qui ne trahit pas l'ambiance japonaise.

Mon seul reproche à ce roman : les hommes de pouvoir qui croisent le chemin de notre héros (Empereur, chefs de clans, chef de famille ninja) sont un peu légers dans leurs actions et leurs décisions, ce qui permet à notre héros de faire à peu près toujours ce qu'il veut, et parfois, ça n'est pas totalement crédible. A cette réserve près, le roman marche bien, il a du rythme, une bonne histoire, et de bons personnages principaux. Bref, il est très agréable à lire. Je le recommande à tous les amateurs de littérature et de films japonais.

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Le clan des Otori, tome 1, le Silence du Rossignol


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NB: L'auteur Liam Hearn, a pris ce nom en hommage à Lafcadio Hearn, un aventurier et écrivain spécialiste du Japon au 19ème siècle a qui l'on doit notamment un très beau recueil de contes fantastiques japonais : Kwaidan
.

Frère Aloysius et le Petit Prince, de Philippe Monot, Editions Nestiveqnen

Il s'agit d'un sympathique roman médiéval-fantastique. L'histoire est contée sur un ton baroque, parfois burlesque, souvent poétique, toujours humoristique, mais qui n'échappe pas toujours aux clichés du genre. Son monde imaginaire est basé sur le merveilleux et la magie et son imaginaire baroque est souvent proche du conte. L'auteur se tient toujours sur la fine ligne entre l'humour débridé et le "n'importe quoi", il fait un numéro d'équilibriste qui bascule parfois un peu du mauvais côté, notamment sur la fin, où l'histoire est moins maîtrisée. Philippe Monot est un traducteur, préfacier, et anthologiste de Jack Vance, et la parenté entre les deux auteurs est patente : dans ce roman, Monot est une sorte de Jack Vance aux références culturelles beaucoup plus européennes, et avec une moins bonne maîtrise de son écriture et de son histoire.

"Frère Aloysius..." est une quête pour sauver le monde avec des personnages principaux qui sont plutôt des anti-héros (un vieux moine peu physique, un jeune prince aveugle, ...), il ne s'agit pas de se battre contre un ennemi très méchant (même si il y en a un dans le livre) mais contre un phénomène étrange, l'Effacement, qui fait retourner ce monde à l'état de parchemin vierge au fil du temps, transformant des territoires entiers en déserts plats, vides, et résolument non-habitables. La plupart des régions, autrefois hospitalières, perdent d'abord leur couleur, puis leurs formes et des régions entières deviennent petit à petit un désert plat et aride. Le phénomène provoque d'immenses mouvements de population, et, bien sûr, des conflits... Ce monde magique est en train de se transformer en chose terne et invivable.

Pour sauver le monde de l'effacement, il faut retourner aux savoirs les plus anciens, dont les dernières traces sont détenues par Aloysius, un moine-magicien de l'ordre de Saint-Brusce, et l'un des héros de cette histoire, il va falloir remonter aux temps cosmogoniques et à la fondation du monde pour le refonder et le renouveler par une nouvelle naissance... Pour cela, ce moine reclus devra sortir de sa bibliothèque, quitter son monastère et voyager dans un monde auquel il est profondément inadapté, et armé de ses intuitions peu académiques, il devra chercher une solution qui semble inclure un petit prince aveugle, seul héritier d'un royaume qui vient de tomber aux mains de barbares sanguinaires (qui tiennent souvent le haut du pavé en ces temps troublés...

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